Le dessin est
une technique de représentation visuelle sur un support plat.
Le terme « dessin » désigne à la fois l'action de dessiner, l'ouvrage
graphique qui en résulte, et la forme d'un objet quelconque.
Le
« dessin linéaire » représente les objets par leurs contours, leurs arêtes et
quelques lignes caractéristiques ; au-delà de cette
limite, le dessin se développe en représentant le volume par les ombres, souvent au moyen des hachures, incorpore des couleurs, et rejoint, sans
transition nette, la peinture.
Le
mot s'est écrit indifféremment « dessein » ou « dessin »
jusqu'au xviie siècle, impliquant la notion d'intention, de projet,
dans un travail de plus grande portée, en architecture, en peinture, en gravure.
L'essor
de la production industrielle au xixe siècle a fait distinguer rigoureusement le
dessin artistique et le dessin technique, une forme très codifiée de dessin linéaire
qui vise plus à communiquer les informations précises nécessaires à la
fabrication ou à l'utilisation d'un objet ou d'un bâtiment qu'à en donner une
évocation visuelle.
Sommaire
Qu'est-ce qu'un « dessin » ?
Histoire
Le
sens du terme « dessin » évolue avec l'histoire des arts visuels. Le mot dessin est tiré de dessigner,
avec l'influence de l'italien disegno signifiant
représentation graphique (1444). Le terme italien signifiait à la fois la
pratique, et le projet ou intention. Ce double sens a été conservé avec le mot
français dessein. Ce n'est qu'au xviiie siècle, vers 1750, que le champ sémantique évolue,
dessin (sans e après ss) ne signifiant plus que la mise en forme. Le sens de
projet ou de conception a été conservé dans le terme anglais design, qui vient de l'italien designo et
du français dessein. Il faut envisager les deux sens du mot, même si l'amateur
peut s'intéresser aux dessins produits à titre de préparation d'un ouvrage,
aussi bien qu'à ceux valant pour eux-mêmes (Jacquet 2010).
Le
dessin, comme projet d'un ouvrage, se trouve partout dès le Moyen Âge dans les arts plastiques, y compris l'orfèvrerie et la mode. Il résume et
développe la pensée plastique de l'auteur, et lui permet de la présenter à ses
clients ou commanditaires, sous une forme plus légère et demandant moins de
temps que la réalisation définitive. Les dessins n'étaient pas en général
destinés à être conservés ; cependant, selon Paul Valéry, « le souci de la personne et de l'instant
l'emportant sur celui de l'œuvre en soi et de la durée, la condition
d'achèvement a paru (…) contraire à la « vérité », à la
« sensibilité » et à la manifestation du « génie » (…)
l'esquisse a valu le tableau »1, et ce goût s'est aussi porté vers les
projets, études et dessins préparatoires. Cette évolution commence en France à
la fin du xviiie siècle. La
première exposition des dessins du Cabinet du Roi a eu lieu au Louvre en 17972.
Le
dessin comme art autonome, ne visant à rien d'autre que lui-même, naît des
discussions dans le milieu des artistes et des amateurs sur les qualités
plastiques et les principes gouvernant la peinture. La Querelle du coloris oppose au xviie siècle les partisans de la couleur à ceux du dessin. Le
« dessin », dans ces discussions, ne dépend ni de la technique, ni du
support. Il s'agit principalement de la ligne de contour des sujets, opposée à
la surface colorée et à ses modulations, comme l'a fait Léonard de Vinci3. Les polémiques opposent ceux qui prennent
exemple sur Poussin pour
privilégier le dessin, allant jusqu'à considérer avec méfiance le raccourci,
les recouvrements de personnages, les ombres fortes, à ceux qui, admirant Rubens, accordent plus de
valeur à ceux qui savent nuancer, juxtaposer, organiser les couleurs, avec
une touche visiblement
variée. Ce sens restreint du « dessin », associé à la perspective linéaire, va se poursuivre jusqu'au xxe siècle. Les rapports entre dessin et peinture fluctuent.
L'impressionnisme4 reproche en général au dessin le
caractère intellectuel et contraignant que lui attribuent les courants
picturaux qui l'ont précédé. Le cubisme renoue avec le dessin, sans l'obligation
de présenter, par la perspective,
un point de vue unique5.
Avec Flaxman commence une succession d'artistes qui
ne présentent que le dessin linéaire. Au xixe siècle, les dessinateurs trouvent avec la lithographie et le dessin de presse des moyens de vivre de leur activité,
sans nécessairement produire autre chose. Bien que les techniques de
reproduction contraignent un peu leur style, ils peuvent aussi bien réaliser
des peintures dessinées, rendant le clair-obscur par des hachures, que des purs dessins linéaires, comme l'ont
fait Picasso, Matisse ou André Lhote.
Dans
la deuxième moitié du xxe siècle, la bande dessinée cesse de s'adresser spécifiquement aux
enfants et le dessin narratif, nourri des techniques du dessin de presse, du
cinéma, de la littérature, devient une des branches importantes de l'art du
dessin.
Dessin et peinture
Lorsque
le projet graphique vise à la durée, choisissant son matériel à cet effet, on
parle de peinture.
L'acte de dessiner, sur pierre ou sur plâtre, sur bois, sur toile peut bien en être à la base : la
peinture se définit, par opposition au dessin, comme devant durer.
Si
pour Léonard de Vinci, le dessin du contour est une partie de la peinture3, pour Braquemond,
quatre siècles plus tard, « le mot « dessin » résume tous les termes de la
langue des arts plastiques (…) Les expressions : trait, modelé, couleur,
ornement, forme, ligne, valeur, effet, etc. ne servent que pour aider
par l'analyse à la signification du mot dessin »6.
Il
n'y a pas de différence fondamentale entre le dessin et la peinture, si ce
n'est que, d'après certains théoriciens de l'art, le dessin est monochrome dans
son essence, la peinture colorée. Mais des dessins peuvent être en couleurs,
soit directement dans le tracé, soit par coloriage dans un deuxième temps. Une peinture
peut être linéaire et peut être monochrome comme c'est le cas des grisailles. La plupart des peintures (surtout
lorsqu'elles sont figuratives) sont préalablement dessinées, ou dessinées en
cours d'élaboration. On dessine aussi bien avec une brosse large qu'avec un
crayon affûté, même si la matière est différente. On parlera donc de dessin
lorsque les contours, les tracés, demeurent apparents, par rapport à des œuvres
où dominent taches colorées, aplats de couleur.
Le
dessinateur Alfred Kubin,
traitant du dessin, non comme projet, mais « comme une fin en soi immédiate », écrit : « Cet art répond
à une modeste impulsion. Il ne rivalise pas avec les phénomènes de la nature
mais se contente d'en produire des signes. Il est symbolique7 ». C'est, pour lui, cette modestie qui
distingue le dessinateur, qui l'amène à limiter son domaine d'exploration au
papier et à l'encre de Chine, à la plume et au pinceau, qu'il étudie à fond. « Ma
contemplation intérieure s'est éclaircie : ma vision s'est alors déplacée
vers un assemblage de lignes aussi rigoureux qu'un système économique » (Kubin 2015, p. 37).
Conservation des dessins
Les
dessins ne sont pas conçus pour être conservés et exposés ; ces objectifs
entraînent des procédés qui en entraveraient la légèreté et la spontanéité (Jacquet 2010). Ceci n'empêche que depuis la Renaissance, on a conservé comme des reliques précieuses
les dessins et notes d'artistes vénérés comme Léonard de Vinci8. Pour les conservateurs, ce qui caractérise
le dessin, c'est sa fragilité. L'exposition à l'air et à la lumière jaunit les
papiers et décolore les encres ; la flamme le détruit instantanément,
l'humidité y favorise la moisissure ; sali, le dessin est difficilement
nettoyé ; les pigments poudreux des crayons, fusains, craies et sanguines
passent d'une page sur l'autre ; le papier se plisse définitivement en cas
de mauvaise manipulation (VTT, p. 1111sq). Les vernis dits fixatifs pénètrent le papier, et ne peuvent,
s'ils ont jauni, être éliminés et remplacés.
La
conservation des dessins sur papier implique en général un traitement biocide
chimique ou par rayonnement ionisant (VTT, p. 1129-1130). Dans les
collections des musées, les dessins sont conservés dans des locaux spécialement
prévus, et ne sont présentés qu'occasionnellement, dans des salles à l'éclairage
atténué. La mise en valeur du dessin inclut souvent un large passe-partout et une vitre de protection ; les originaux non montés
se présentent sur un champ, dans une vitrine peu inclinée.
Les
conservateurs doivent encore, pour organiser et valoriser les collections,
identifier les auteurs. Les artistes n'ont souvent pas signé ce qu'ils
considéraient comme des documents de travail. Les inscriptions peuvent être le
fait de marchands ou de collectionneurs qui ont attribué à un maître ce qui est
en fait une copie9.
Dessin et gravure
Le
dessin est généralement plus que le projet d'une gravure. Un maître comme Dürer pouvait dessiner sur le bois, et laisser
à un de ses compagnons, anonyme, le soin de le creuser ; mais il avait
tracé chacune des lignes de la gravure. Dans le cas où la gravure prenait pour
sujet des tableaux célèbres, l'interprétation revenait au graveur, qui lui
donnait parfois, bien que le dessin soit dans l'ensemble conforme à l'original,
un caractère assez différent, comme Marcantonio Raimondi pour Raphaël.
L'eau-forte reproduit directement (inversés
gauche-droite) les traits qu'un artiste a dessiné sur le support.
Au xixe siècle, la lithographie sur pierre grenée permet aux
artistes de dessiner au crayon en vue de la reproduction. Cependant, la
contrainte de l'inversion du sujet, qui sera reproduit la droite à gauche,
l'interdiction de poser la main sur le support, car elle le marque, poussent la
plupart à dessiner d'abord sur papier un projet, et certains à laisser à des
spécialistes l'interprétation sur la pierre. La production de lithographies
connaît une première spécialisation des dessinateurs ; la fabrication
d'une lithographie des Voyages pittoresques
et romantiques dans l'ancienne France peut faire appel à un dessinateur d'après nature,
un lithographe pour le paysage, un pour les figures, un pour la lettre.
La photogravure affranchit le dessinateur de la plupart
des difficultés techniques ; il lui suffit de connaître les limites
propres à la technique d'impression pour laquelle il travaille. En dessin de presse et en bande dessinée, l'artiste produit en général un dessin
linéaire « au trait », encre noire sur papier blanc ; la
reproduction photographique élimine la mise en place au crayon et les repères
posés en bleu. Les dessins originaux, avec toutes ces marques ou l'on
sent « la main et le génie de l'auteur »10, sont devenues des pièces de collection.
Technique
La
technique du dessin évolue avec les supports et les outils. Les hommes préhistoriques
dessinent sur des parois, sur des roches, des os, en utilisant d’une part
l’incision et d’autre part les pigments colorés appliqués au moyen d’outils
rudimentaires. Le dessin plus proche des conceptions actuelles apparaît avec
les supports tels que le papyrus, le parchemin, puis le papier, et les outils
de traçage comme le calame (roseau), la plume d’oiseau taillée. En Orient
prédomine le pinceau. Les Romains utilisent les pointes de métal, ancêtres de la mine de crayon moderne sur un support préparé, enduit
d'un mélange, généralement constitué de pigments, de blanc d’Espagne, de gomme
arabique et de poudre d’os.
À
la fin du xixe siècleJules Adeline définit le dessin comme représentation
des objets à l'aide de traits de plume ou de crayon, parmi lesquels se distinguent
les dessins aux deux et aux trois
crayons, qui sont la pierre noire,
la craie blanche et la sanguine11, mais aussi le fusain12. On distingue aussi les instruments annexes
du dessin, règles et compas dont on se passe
dans le dessin à main levée.
Le
dessin profite aujourd'hui de matériel et de logiciel informatiques qui, l'affranchissant de la réalisation
matérielle, permettent des tracés lissés et des possibilités de correction
infinies — si toutefois c'est le but de l'artiste.
Éléments matériels
Le
support peut être du papier, de la toile, ou toute autre matière : les premiers
dessins connus ont été réalisés sur des parois rocheuses.
Les
outils sont constitués par tout ce qui est susceptible de laisser une trace,
par dépôt de matière (craie, crayon, etc.) ou aussi par enlèvement de matière
du support (graffiti, sgraffito, gravure). Ils sont donc très variés, à
commencer par les doigts, puis des outils spécifiques comme les craies, les fusains,
les crayons, les plumes, les pinceaux,
les stylographes (à
bille, à plume, tubulaires), les feutres, jusqu'à l'outil informatique. Parmi le
matériel de dessin le plus commun, on trouve le crayon, le fusain, le pastel, la pierre noire,
la sanguine, la craie blanche ainsi que la plume et l'encre de Chine. Tous les matériaux de dessin ne sont pas
fabriqués à base d'eau ou d'huile : certains s'appliquent à sec sur le support, sans aucune
préparation.
La
matière déposée sur le support est soit un pigment sec (craie, graphite) soit mêlé à un
liant chimique, huile, eau, solvants divers
pour les peintures et
les encres.
Systèmes de représentation
Selon
une conception classique, dessiner consiste essentiellement à délimiter par des
traits les contours de l'objet à représenter. C'est une des différences
essentielles que Heinrich Wölfflin distingue dans ses Principes fondamentaux de
l'histoire de l'art entre le graphique (dessin) et
le pictural (peinture).
Ceci
implique une démarche d'interprétation et de synthèse : passer d'un objet
en volume à un dessin plat nécessite un choix de représentation. Soit
l'articulation des éléments graphiques peut éviter la perspective,
soit celle-ci peut être empirique et spontanée, soit celle-ci obéit à un
système de placement des lignes : perspective cavalière, perspective « italienne » conforme à une vision
basée sur la projection, comme si le dessin était une fenêtre sur l'objet représenté
ainsi que l'écrivit Alberti.
L'application des règles de la perspective à des figures humaines ou animales
s'appelle le raccourci (VTT, p. 66).
Le
dessin peut obéir à des notions qui ne tiennent pas compte des lois
géométriques de l'optique ou qui ne les considèrent pas comme primordiales.
Représenter une montagne plus petite qu'un personnage peut paraître totalement
illogique, bien que la perspective puisse l'exiger. Les personnages sont
quelquefois représentés à proportion de leur importance dans la société. Les
différentes civilisations ont utilisé des conventions de représentation qui
tentent de concilier les aspects qu'on considère primordiaux. La représentation
peut ne pas correspondre à une réalité géométrique. Le dessin obéit à des
conventions et des codes : pour les Égyptiens, un œil est représenté de
face, mais un visage de profil, un torse de face et les jambes de profil. Jean Fouquet dessine l’Arrivée des croisés à Constantinople vue
par un spectateur central : à gauche les cavaliers de face, au centre de
profil, et à droite de dos, comme si le spectateur tournait la tête, la route
étant droite. Plus près de nous, il a fallu attendre l'apparition de la
photographie pour représenter correctement un cheval au galop, toutes les
représentations passées étant « fausses » anatomiquement, mais
certainement plus expressives.
Le
dessin peut reporter les contours de manière précise et fidèle (considérant
qu'il est vu par un système optique tel que la chambre claire ou l'appareil photographique), ou le
trait peut subir des déformations et des distorsions qui vont accentuer
certains caractères du modèle, possiblement jusqu'à la caricature, ou exprimer simplement les goûts et la
sensibilité du dessinateur.
La
représentation du volume se fait
généralement par le raccourci, renforcé par les modulations de la lumière et
donc les ombres locales du modèle et les ombres portées sur le fond et
l'entourage. Ces modulations de luminosité, qu'on appelle « valeur »
dans le contexte du dessin et de la peinture, s'obtiennent par traits
successifs formant hachures,
parallèles ou croisées, par remplissage avec variation de la pression selon
l'intensité souhaitée, estompage en frottant à la main ou avec un outil,
gommage pour éclaircir, etc. ; certaines techniques étant adoptées par
certains et réprouvées par d'autres.
Types de dessin
Dessin d'art
Le
dessin d'art utilise toutes les techniques graphiques possibles dans une démarche
ou une intention artistiques et à destination du marché de l'art.
Croquis.
La
rapidité d'exécution caractérise le croquis, dessiné face au sujet. Les esquisses sont les premières idées pour un travail
important.
Le
croquis doit saisir l’essentiel sans s’attarder sur les détails. Il sert de
notation, parfois d’exercice. Sa rapidité d’exécution fait du
« geste » graphique un élément important de son caractère.
Croquis
et esquisses servent dans tous les types de dessin.
Dessin technique
Le
dessin technique s'est détaché du dessin artistique pendant l'essor de
l'industrie, vers la fin du xixe siècle.
Le
dessin technique, ou dessin industriel, est une discipline transversale
fondement de la communication technique, de la conception et de l'analyse
systémique. Il est utilisé principalement en génie mécanique (bureau d'études,
bureau des méthodes) et en génie civil (architecture).
Dessin d’architecture
Le
dessin est à la base du métier d’architecte, même si l’utilisation de l’outil
informatique réduit l'importance des habiletés manuelles. C’est en dessinant,
d’abord sous forme d’esquisse et
de croquis, puis de dessins plus élaborés, que
l’architecte trouve et précise son projet. Cette étape préliminaire de dessin à
main levée est à peu près universellement pratiquée. L’étape suivante consiste
à disposer les éléments indépendants de l'aspect visuel, comme les conduites de
fluide, et effectuer les calculs de résistance des matériaux. On revient ensuite au dessin pour tracer les plans nécessaires
aux constructeurs. Cette étape est maintenant effectuée par dessin assisté par ordinateur avec les logiciels propres à l’architecture. Elle se
faisait au moyen des outils du dessin technique, le crayon ou le portemine à mine dure, la règle, l’équerre, le té, sur une table à dessin, puis un passage à l'encre au tire-ligne et plus tard au stylo technique.
L'architecte
fournit aussi au commanditaire des plans de façades et des vues en perspective réalistes,
en couleurs, avec des ombres qui indiquent le relief, et les éléments de décor
qui vont donner vie à l’ensemble : plantes, personnages,
véhicules, etc. L’architecte devait donc avoir une connaissance
poussée de la perspective, rigoureusement construite. Selon le degré de
précision de ces dessins, les accessoires pouvaient être traités d’une manière
simplifiée, afin de ne pas prendre le pas sur l’essentiel, l’architecture.
Chaque architecte pouvait avoir sa façon personnelle de traiter arbres,
véhicules et personnages (dénommés grouillots dans le jargon
des architectes). Les architectes ont dessiné de véritables œuvres d’art,
souvent mises en couleurs à l’aquarelle. De nos jours, les logiciels 3D
dispensent de la partie technique de ce travail, tandis que des illustrateurs
spécialisés réalisent d’après les plans ou perspectives fournis par les
architectes des dessins de présentation pour des projets non encore construits,
pour la publicité et l'information des acheteurs potentiels.
Dessin de sculpteur
Le dessin sert au sculpteur pour effectuer ses
recherches. Sa spécificité est due au fait qu’il n’est pas une fin en soi, mais
une étape de son travail, pour lui permettre de visualiser ses projets en vue
d’une réalisation en trois dimensions : le rendu du volume est donc prépondérant,
par des zones ombrées avec ou sans dégradés, et l’absence ou la neutralité du
fond. Tous les dessins de sculpteurs ne sont pas des chefs-d’œuvre du strict
point de vue de la qualité du dessin, mais ils sont toujours les témoins
fidèles du travail de leur auteur, et certains sont des œuvres d’art à part
entière.
Dessin de mode
Le
dessin dit de mode est employé dans tous les domaines de la création, des
vêtements aux accessoires : chaussures, chapeaux, sacs, bijoux. Le dessin
sert à préciser l’idée générale puis à l’affiner au niveau de la conception,
avant de passer à la réalisation proprement dite. Le dessin de mode requiert
une connaissance minimale de l’anatomie basée sur le squelette, qui détermine
les positions et postures du corps, et parfois sur un traitement particulier
des matières (textiles et autres). Un autre aspect du dessin de mode est la
représentation des modèles selon le style propre au dessinateur, sans qu’il en
soit lui-même le créateur, ce qui peut être alors une des formes du dessin de
presse.
Dessin de presse et caricature
À la suite des caricatures de Mahomet en 2006, Kofi Annan, alors Secrétaire général de l'ONU, a
organisé une conférence de deux jours, le 16 octobre 2006, au siège de l'Organisation des Nations unies à New York, réunissant 12 des dessinateurs de presse les
plus renommés au monde pour « désapprendre l'intolérance ». Durant cette conférence, le dessinateur
français Plantu, du journal Le Monde, également instigateur de la conférence, a
lancé un mouvement qui avait pour objectif paradoxal une meilleure compréhension
et un respect mutuel entre des populations de différentes croyances ou
cultures, avec le dessin de presse, qui professe la simplification et
l'exagération, comme moyen d'expression d'un langage universel. Il projetait de
réunir des dessinateurs de presse de plusieurs pays et de promouvoir la liberté de la presse en matière de caricature à travers le monde. Le 26 mai 2008,
l'association Cartooning for peace est née de cette initiative et qui regroupe aujourd’hui
différents dessinateurs de plusieurs journaux dans le monde.
Bande dessinée
La
bande dessinée combine l'art de raconter des histoires à celui de les
représenter par le dessin. Souvent un scénariste s'associe
avec un dessinateur. Une maison d'édition de bande dessinée peut aussi confier
le dessin et le scénario à plusieurs artistes. Dans ce cas, les dessinateurs
respectent un style graphique, et les scénaristes le caractère des histoires et
de leurs personnages13. Une série peut ainsi durer, comme celle
des Pieds Nickelés, pendant plusieurs générations14.
À
partir du dernier tiers du xxe siècle, aussi bien en Europe (Duc 1981) qu'au Japon où le manga est très populaire15, les dessinateurs de bande dessinée ont
cherché à produire un style graphique personnel et caractéristique, qui
contraste avec l'effacement de l'artiste pour la production d'un style défini
par les éditeurs, fréquent auparavant.
Dessin animé
Le
dessin animé consiste à reproduire le mouvement en faisant se succéder des
images représentant chacune un instant successif d'une action, comme au cinéma, à la différence que ces images sont
dessinées16.
Le
dessin animé est un processus très long et industriel, qui implique le plus
souvent de nombreux graphistes spécialisés. Certains définissent les
personnages et leurs mouvements par des esquisses au crayons, mis au propre
avec la qualité de superposition nécessaire par des traceurs-gouacheurs17 sur des feuilles transparentes. D'autres
se consacrent au dessin des décors.
Dessin d'enfant
Le
dessin est souvent l'une des premières formes d'expression de l'enfant. Il
permet à l'enfant d'exprimer ce qu'il ne peut exprimer autrement. Il a de ce
fait souvent été utilisé par les pédagogues et les psychologues pour analyser les sentiments des
enfants.
Dessin selon les différents outils
Dessin au fusain
Le fusain, tige de charbon de bois, est l'un des
instruments de dessin les plus anciens. Il est largement utilisé dans la
réalisation de croquis et d'études (Béguin1995, p. 252).
Plus
que le crayon, la pierre noire,
la sanguine, le fusain se prête aux aplats et au rendu du modelé18. Le trait varie en largeur et en noirceur, il
se brouille au doigt ou au chiffon, s'allège ou se corrige à la mie de pain. Il se reporte sur la feuille voisine s'il la
touche. Il a l'inconvénient d'être fragile, à moins d’utiliser un fixatif appliqué généralement avec un
pulvérisateur.
Dessin au crayon
En
dessin, le crayon désigne tout instrument marquant à sec qui
se présente sous forme d'un bâton. On parle ainsi de « crayon à
bille » (Béguin1995, p. 184).
Le crayon à mine de graphite (autrefois mine de plomb) offre une gamme de possibilités très
étendue, selon le type de mine, son affûtage, le grain du papier et les
techniques possibles, du contour simple aux nuances de dégradés obtenues par
des hachures, frottages, estompages. Le trait peut être allégé ou corrigé à
la gomme à effacer, bien que le gommage affecte le papier, et les traits suivants
sur la partie modifiée. Cependant, il est difficile d'en obtenir des forts
contrastes. Des artistes ont complété le dessin au crayon en marquant le trait
fort à la plume.
Dans
la bande dessinée, le dessin au crayon, dit crayonné, est, dans la production sans ordinateur, la
première étape de la production d'une planche.
L'artiste, ou parfois un assistant, termine ensuite le dessin pour qu'il soit
prêt pour une reproduction au trait, à l’encre avec une plume ou un pinceau : une
fois l’encrage sec, le dessin préliminaire au crayon peut être effacé19.
Le
trait de crayon dépend, pour une dureté donnée, de la force d'appui sur la
mine. Le dessinateur peut utiliser des crayons graphite de plusieurs duretés
dans un même dessin.
Le
dessin d'académie et
le portrait se font fréquemment aux trois crayons. Si la craie et la sanguine s'atténuent et s'effacent à la gomme mie de pain, le trait de pierre noire est définitif.
Dessin au stylo à bille
Le stylo à bille, diffusé à partir de 1950, et autorisé dans
les écoles en France en 1965, y sert souvent aux élèves pour dessiner dans les
marges des cahiers. Il peut également être un véritable outil d'art20. De la simple esquisse pour capturer un
mouvement jusqu’à l’illustration précise et au dessin d’architecture, le stylo
à bille s'adapte à tous les genres.
Dans
le dessin artistique, le stylo à bille se distingue par le fait qu'il ne
s'efface pas ; le trait est à peu de chose près uniforme, et très léger.
Le trait fort s'obtient en repassant plusieurs fois.
Dessin à la plume
La plume est un instrument de dessin autant que
d'écriture au moins depuis la Renaissance. Elle produit un trait fin ou gras selon la
pression exercée. Les traits de plume tracés à l'encre indélébile se combinent
aussi avec le lavis et l'aquarelle, qui ne les perturbent pas21.
Elle
sert autant pour le croquis de terrain, pour lequel elle a l'avantage de
produire un dessin rapide et contrasté, solide dès que l'encre a séché, que
pour les projets élaborés, dans lesquels les hachures peuvent indiquer les
valeurs. Sur un dessin ou un croquis au crayon, la plume peut marquer le trait
fort ; on efface parfois le crayon pour ne conserver que cette décision
finale.
La
plume a été l'instrument principal de l'encrage en bande dessinée jusque dans
les années 1970.
Dessin au pinceau
Le
pinceau est l’outil de base du dessin en Extrême-Orient, mais il est largement
utilisé également en Occident. Sa souplesse permet au dessinateur d'effectuer
des déliés très fins et des aplats impossibles à reproduire avec d'autres
techniques comme la plume.
Le
pinceau est souvent l'outil de prédilection pour l'encrage en bande dessinée.
Il est très utilisé par des artistes de styles très différents, comme André Franquin, connu pour son trait expressif et nerveux,
ou Milton Caniff qui jouait sur les contrastes du noir et du blanc.
Dessin aux feutres
Les stylos-feutres, marqueurs ou markers, sont
déclinés dans de très larges gammes de couleurs et d’épaisseurs de trait. Des
gammes professionnelles permettent de créer ses propres nuances à partir
d’encres liquides et de solvants divers. Ils ont trouvé une application
spécifique dans le layout ou rough utilisé
en publicité pour réaliser des simulations de photographies à réaliser
ultérieurement. On utilise un papier spécial, sans grain et semi-transparent,
qui ne diffuse pas les solvants et permet de travailler par transparence. Les
spécialistes, ou « roughmen », peuvent atteindre des résultats
de qualité picturale.
Droit
Propriété intellectuelle
Le
dessin est soumis, comme les autres œuvres de l'esprit, aux règles de la propriété intellectuelle.
En
France, il doit aussi obéir, s'il est publié et représente une personne, aux
règles du droit à l'image22. La caricature « constitue une tolérance
traditionnellement admise à l'égard de ceux dont la profession ou l'activité
permet de supposer de leur part une autorisation tacite »23, mais cette exception au droit à l'image
n'est pas toujours reconnue (Pierrat 2002, p. 115-119).
Dessins et modèles
En
droit des affaires, le mot « dessin » ne désigne pas un objet
matériel, mais la forme, reconnaissable par le consommateur, d'un objet (design).
En droit français qui transpose une directive
communautaire du 13 octobre 1998 relative à la protection des dessins et
modèles : « […] tout dessin nouveau, toute forme plastique nouvelle,
tout objet industriel qui se différencie de ses similaires, soit par une
configuration distincte et reconnaissable lui conférant un caractère de
nouveauté, soit par un ou plusieurs effets extérieurs lui donnant une
physionomie propre et nouvelle24 ».
Il
profite alors d'une protection d'une durée maximale de 25 ans par période de 5
ans sous réserve qu'il « est nouveau et présente un caractère propre »25.
Une
protection communautaire existe également au profit de tout dessin original. Un
règlement communautaire de 2001 confère une protection opposable à l'échelle de
l'Union européenne. Pour les dessins enregistrés à l'Office de l'Union
européenne de la propriété intellectuelle (EUIPO), la protection est dans le temps la même qu'en
France (de 5 à 25 ans). Pour le dessin (ou modèle) non enregistré, cette
protection naît de la première divulgation pour une durée de trois ans.
Il
existe enfin à l'échelle internationale une protection qui est opposable à
compter de l'enregistrement international des dessins et modèles industriels à
l'Office mondial de la Propriété intellectuelle

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